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Aux sources de la légende d'Hiram avec Philippe Langlet

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Dans la lignée des travaux inauguraux de Patrick Négrier qui avaient su dégager la figure typologique du Christ derrière l'architecte assassiné et reconstituer les premiers pas de la maçonnerie calviniste écossaise avec l'élaboration du rituel du Mot de Maçon (mason Word) et après les travaux de Jérôme Rousse Lacordaire (Jésus dans la Tradition maçonnique) Philippe Langlet nous convie à un retour au texte et à ses contraintes structurales pour y découvrir les invariants nécessaires à l'édification d'une topique propre à alimenter le rituel de Maitrise. C'est donc à une autre manière le lire la légende au travers du corpus constitués des différents textes que se dégage le sens théâtral qui fait confiner dans une liaison parfois dangereuse la légende avec le mythe. Soulignons ce que dit Philippe Langlet "le texte est écrit (...), il est anonyme; il est lu, et parfois mimé, devant la communauté des maçons réunis, et cela reste vrai pour toutes les versions insérées dans un rituel. Dans ce cas le "jeu scénique" se fonde strictement sur le texte écrit, il propose des épreuves au personnage central qui devient ainsi fondateur, puisqu'émergeant à ce propos. (...) Fantasmer sur une possible transmission orale préalable des éléments de la légende n'en fait pas un mythe, puisque "les événements du récit ont eu lieu in principio", c'est à dire "au commencement" dans un instant promordial et intemporel, dans un laps de temps sacré" (Mircea Eliade)

Texte et histoire : retour au statut du texte, contraintes et structures du récit, question de méthodologie.

"Le statut du texte est en conséquence un point important: il conditionne l'ensemble de la démarche. Il est donc nécessaire d'avoir en permanence à l'es­prit qu'il s'agit d'un assemblage d'éléments à visée symbolique et que toutes ses parties sont utilisées en tant que types. Nous tenterons pas à pas de les établir. Il est absolument infructueux d'admettre que ce genre de récit est symboli­que, en assumant en même temps certains éléments comme réels. Chaque élément, en outre, possède sa propre genèse, cela va de soi, et tous proviennent de sources diverses où ils ont parfois (mais pas toujours) un autre usage, dans un autre contexte (souvent proche). D'une part, le sens du texte ne jaillit pas simplement par la coprésence de ses éléments constitutifs: ceux-ci ne sont pas sans signification préalable et, leur réassemblage, s'il produit un sens nouveau, n'en contient pas moins des éléments du sens ancien.

La question n'est donc pas de savoir si tel fait est juste ou non ou s'il est «objectivement vrai»-, ici selon la Bible, puis selon l'archéologie. Ce n'est pas non plus de savoir si des ritualistes ont déformé les données bibliques, mais d'expliquer la place que chaque élément occupe, comme ses implications dans le domaine spirituel. Cela exclut totalement que l'on ait à se préoccuper des aspects historiques (s'il en existe). Tout nous semble, en fait, associé au sein d'une métaphore englobante (la construction du Temple) destinée à orienter la méditation de l'adepte.

La méthode de recherche du sens n'est pas spécifiquement maçonnique, ou plus exactement, elle est employée aussi par la Maçonnerie après avoir été employée bien longtemps auparavant par d'autres bien nombreux. Mais, sans doute, de nombreux Maçons l'ignorent-ils. II ne faut pas, en effet, rcmer­ser la problématique et inverser les sources. On parle parfois de telle ou telle source « non maçonnique », comme si la Maçonnerie était l'origine à partir de laquelle il convient de travailler. Cela suppose que ce qui n'est pas estampillé «maçonnique» constitue un domaine séparé et étranger; ou que la préséance aille à ce qui est maçonnique. Rien n'est plus faux: ce n'est que le fait de ceux qui découvrent la vie (et la culture) par le biais de la Maçonnerie et qui croient, en conséquence, qu'elle a tout inventé et qu'elle est (presque) le centre du monde. Il existe, dans cette attitude, plusieurs autres raisons sur lesquelles nous aurons à revenir.

La légende et sa réception chez les Maçons

golgothaLa légende d'Hiram ne nous semble pas avoir été scrutée avec toute hatten­tion qu'elle méritait en tant que texte, c'est-à-dire (presque) de manière interne, un « texte qui dit quelque chose ". On a lu ce texte d'abord, comme s'il ne pouvait être compris qu'à l'aide des textes les plus éloignés culturellement. Cette attitude a eu pour conséquence l'absence de certaines interrogations. Comme l'écrivait Joachim Du Bellav, « Plus me plait le séjour qu'on bâtit mes aïeux, Que des palais romains le front audactieux, plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine " qui ajoutait ensuite " Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin, Plus mon petit Liré que le mont Palatin, Et plus l'air marin la douceur angevine ».

Il ne s'agit pas d'évoquer une nostalgie qui n'est pas notre propos, mais de dire que l'on va chercher parfois bien loin ce qu'en a sous les veux. Un texte maçonnique le déclare d'une autre manière : Car à notre époque, il arriva au monde ce qui était arrivé à l'église de Samarie à propos du Christ : on cherchait ce qui ne manquait pas, mais la profonde ignorance des hommes ne leur permettait pas de s'en rendre compte".

Nous ajourerons que, en France tout spécialement la culture dominante est plutôt porté à rejeter comme négatif tout ce que les siècles passés ont apporté, dans une sorte de modernisme forcené, une exaltation de la modernitude. Cela s'applique particulièrement au domaine religieux, à ce qui s'y rapporte ou a ce qui s'en approche. La laïcisation de la société semble avoir abouti à un effort (parfois extrêmement militant) d'effacement de toute culture religieuse, et symbolqiue, et particulièrement de toutes nos sources les plus proches, à la manière dont les Egyptiens marte­laient les cartouches du nom des personnages bannis de leur mémoire On a effectivement martelé les visages des statues aux porches des églises... Ces sources étaient, sans doute, «dangereuses» par leur proximité !

On est main­tenant contraint de ramener, à marches forcées, les élèves eu les étudiants vers ces domaines, pour combler le vide abyssal des références leur permettant de comprendre ce que certains auteurs ont écrit, ou que certains peintres ont représenté. Les Maçons ont enfourché ce cheval souvent avec enthousiasme, dans les décennies passées, mais le poids des habitudes étant ici considérable, ils s'y tiennent encore dans la plupart des cas.

La lecture littérale de la légende a conduit de nombreux Maçons à consi­dérer les personnages comme des personnes, les éléments du récit comme des faits concrets et les péripéties comme des réalités. L'éloignement de la culture religieuse renforce cette attitude, puisqu'il manque les outils d'abstraction de l'environnement chrétien, dont l'enseignement repose sur l'usage constant de paraboles, ou de récits paraboliques, et leur lecture, à partir des quatre sens traditionnels de l'exégèse. Considérer le récit comme une histoire induit des interrogations sur un avant de la légende, comme sur un après : que faisaient les assassins avant le crime:, ont-ils tué par accident ou préméditation ? que font-ils après, qui ira les rechercher pour « rendre justice » ? quelle justice sera rendue ? comment reprendre le travail ?  combien de temps pleurer la mort d'Hiram ?comment l'enterrer, ou l'inhumer, quand ?, où ? qui va faire tout cela ?, sont des questions que l'on voit surgir dans des études diverses.

Ces questions, et d'autres, constituent un roman et l'on pourrait en écrire un plus grand encore. Si elles existent d'abord par la lecture littérale du texte, elles sont renforcées par une contusion entre ce que l'on voir dans la Loge et ce qu'enseigne la légende, entre les différentes nécessités qui parcourent le jeu rituel, comme les contraintes phtisiques, les jeux de rôle nécessaires, la personnification momentanée des paradigmes, les réalités contemporaines de l'administration des obédiences et la structuration en grades, entre les outils supports de méditation et les outils opératifs, la place du candidat lors du jeu rituel et sa place comme membre de la société, la manière qu'ont les Loges d'envisager leur rituel et les principes fondateurs. N'oublions pas (c'est souvent le cas) le poids de la théorie de la transition pour une filiation directe (ou à peine graduée) entre les constructeurs d'édifices, opératifs, et les construc­teurs de l'Etre, spéculatifs Maçons symboliques. Tout cela ne contribue pas à éclaircir le statut du texte et à en débrouiller les fils pour commencer une lecture directe de ses enseignements.

Ces questions n'existeraient pas si le fil symbolique était toujours suivi, et lui seul, car, si elles ne sont que périphériques, elles n'en constituent pas moins un labyrinthe touffu où se perdent bien des recherches sincères. Cela conduira à d'importantes révisions des textes, comme à celles de nombreux ajouts supposés nécessaires pour éclairer le chemin." Copyright Philippe Langlet

Table des matières :

  1. de quelques théories sur la légendehiram-cd
  2. Premières observations
  3. les invariants de la légende
  4. la double trame
  5. les reliques
  6. y a t-il subsititution ?
  7. le temple
  8. l'architecte, la mort et la gloire
  9. deux conceptions de la mort
  10. Hiram et lemot
  11. ces trois compagnons sont-ils "mauvais" ?
  12. Giblim et Jubelum
  13. la loi des quinze
  14. le rameau
  15. les outils et les impacts
  16. le retournement
  17. conclusion provisoire
  18. bibliographie
  19. CD Rom

 

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